Le permis de conduire suspendu en cas d’infraction routière le téléphone à la main

Cette mesure choc est l’une des dispositions phares du gouvernement pour lutter contre la hausse du nombre de tués sur les routes.

À compter de 2019, l’automobiliste qui utilisera son portable en roulant s’exposera à la confiscation de son permis sous certaines conditions. Le contrevenant devra, en effet, avoir commis en même temps une infraction menaçant la sécurité d’autrui. Telle est l’une des 18 mesures annoncées par le gouvernement pour tenter d’améliorer la sécurité sur nos routes, où le nombre de tués est reparti à la hausse depuis 2014.
» Les mesures du gouvernement pour faire baisser la mortalité routière

Révélé ce mardi, ce nouveau plan d’action, qui vise la vitesse et l’alcool au volant, comporte donc aussi une disposition concernant le portable. Celui-ci est désormais à l’origine d’un accident sur dix sur nos routes.

Malgré les textes qui n’autorisent son usage qu’avec «un kit mains libres» et qui interdisent en conséquence «la tenue en main, le port de l’oreillette» mais aussi «le recours au casque et aux écouteurs», les mauvaises habitudes perdurent. Pire, elles s’aggravent. L’arrivée des smartphones a fait naître de nouveaux comportements à risque. La lecture et l’envoi de courriels ou de SMS sont devenus pratiques courantes.

Toutes les études qui confirment cette évolution sont une photographie de ce que chacun observe sur la route. C’est la voiture qui soudain zigzague sur l’autoroute, une autre qui roule étonnamment à faible vitesse. À chaque fois, quand on double ces automobilistes, le constat est le même. Ils ont leur smartphone à la main, lisent ou écrivent des messages. Or à chaque fois, cela nécessite de quitter la route des yeux durant au moins cinq secondes, au cours desquels on parcourt 70 m à 50 km/h… D’autres encore regardent un film ou font des selfies! Une photo souvenir qui peut coûter… Le portable serait aujourd’hui devenu une des causes principales de mortalité routière.

Ainsi, selon les chiffres de l’Observatoire national interministériel de la sécurité routière (Onisr), 310 personnes ont trouvé la mort sur nos routes en 2016 en raison « d’une attention perturbée» liée en partie au téléphone. En 2017, la situation pourrait s’aggraver, comme le souligne AXA Prévention, dans son baromètre 2017 publié en avril dernier. Selon un questionnaire destiné à sonder les pratiques des usagers de la route, 59 % d’entre eux ont admis utiliser leur téléphone au volant, contre 46 % l’année précédente. Désormais 24 % s’en emparent pour échanger des SMS, contre 15 % un an plus tôt.

«Ce que l’on constate, c’est que l’automobiliste utilise son téléphone dans sa voiture comme s’il était chez lui. Il n’y a plus de rupture»

Anne Lavaud, déléguée générale de la Prévention routière

«Ce que l’on constate, c’est que l’automobiliste utilise son téléphone dans sa voiture comme s’il était chez lui. Il n’y a plus de rupture», indique Anne Lavaud, déléguée générale de la Prévention routière. L’association a d’ailleurs réalisé cette année une étude inédite d’observation. Postés dans 80 communes différentes, des bénévoles ont regardé, de janvier à mars dernier, les comportements des automobilistes avec leur téléphone, et 20 575 usagers ont ainsi défilé sous leurs yeux. Il en ressort notamment qu’en agglomération «7,3 % utilisaient leur portable en croisant un passage piéton et 9 % d’entre eux y recouraient en circulation dense».

En plus de la perte de 3 points et d’une amende de 135 euros, ceux-là se verront-ils retirer leur permis de conduire dans un an? Pour le professeur Claude Got, spécialiste en accidentologie routière, la nouvelle mesure du gouvernement pourrait bien être sans effet. «Telle qu’elle est formulée, cette disposition laisse la possibilité aux forces de l’ordre d’apprécier le danger. On complique les choses et on les rend inefficaces», dit-il, en mettant en garde contre toutes les mesures en demi-teinte qui souvent s’apparentent, selon lui, à des coups d’épée dans l’eau.

Les dispositions autour du portable ne sont d’ailleurs que des mesures de compromis. Car s’il fallait s’en tenir aux études, il ne faudrait jamais téléphoner en roulant. Celles-ci indiquent qu’avec ou sans kit mains libres, le danger est le même: la baisse de vigilance est chaque fois identique.

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